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photographie
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La curiosité
Véritable
moteur de recherche, je la considère comme une source
vitale et un moyen de progression extraordinaire.
La
curiosité, c'est aussi l'observation de la nature et
des analogies que l'on peut en
faire.
A
l'origine, mes investigations étaient tournées
vers le dessin d'art et l'équilibre graphique, le
cadre. Parmi les arts pratiqués, s'il en est un qui
ma permis d'atteindre la plénitude de l'expression
picturale, c'est l'aquarelle.
La différence entre l'aquarelle et la peinture
à l'huile, l'acrylique, ou la gouache, réside
essentiellement dans la manière d'obtenir les tons
clairs, les blancs, ou la lumière.
Autrement dit, avec la plupart des techniques on recouvre le
support de pigments clairs lorsque l'on souhaite obtenir des
objets clairs ou lumineux. A l'inverse, avec l'aquarelle on
les obtient par la dilution des pigments.
L'aquarelle tire alors toute sa force de la transparence des
pigments et se sert du blanc du papier pour créer des
effets lumineux, des brillances dans le sous-bois ou des
reliefs en architecture. Cela confère à
l'aquarelle une force particulière qui la rend
à la fois attirante, aérienne et
mystérieuse.
Autre exemple : On explique souvent les
phénomènes physicochimiques ou naturels par
des disciplines spécialisées. Ainsi, pour ce
faire une opignon précise on est quasiment
obligé d'aller de l'un à l'autre pour
rassembler des données. Et il ressort souvent que les
acteurs de ces disciplines ignorent tout à fait ce
qui se fait dans l'autre spécialité.
Personnellement, en travaillant par analogie, je tente
d'expliquer les choses en les unissant les unes aux autres.
Au lieu de diviser, de cloisonner, je rassemble, je
relie.
C'est cette vision fondamentalement différente qui
permet la véritable étude.
La
créativité
Ce que j'ai dit plus haut
pour la peinture, est valable aussi pour la musique et le
son. Tout est question de lumière ou de
coloration.
C'est avec la maîtrise de ces éléments
que naît la juste mélodie, la composition
équilibrée ou la véritable mise en
scène.
La
qualité d'une uvre ne se mesure pas uniquement
par la gratuité des effets audio-visuels surprenants,
mais aussi et surtout par la pertinence des messages qu'ils
sont sensés véhiculer.
La
photographie,
mon
second moyen d'expression, est par excellence le
prolongement artistique de l'expression graphique.
Le mot photographie veut dire "écrire
avec la lumière".
Cette
esthétique de la lumière a été
pour Stanley Kubrick l'un des moyens les plus
évidents d'affirmer l'originalité de ses
films.
On l'a vu très nettement dans "2001, l'Odyssée
de l'Espace" où il a utilisé, en
précurseur, des effets spéciaux très
largement copiés jusqu'à ce jour.
Dans "Barry Lyndon" où il éclaire les
scènes intérieures avec des bougies, il laisse
à la pellicule hautement sensible le soin d'exprimer
le rendu impressionniste.
Les sons de 2001 ont été travaillés
aussi avec soin et originalité. Comme par exemple la
respiration lancinante de Dave qui déconnecte Hall
9000, ou bien le crépitement du disque dur de
l'ordinateur lors du test de l'élément en
panne.
Reconnaissant l'ancienneté de ce film, il reste
pourtant, dans sa catégorie, une extraordinaire
leçon de cinéma avant les techniques de post
production appliquées de nos jours.
Encore une fois, commme avec la photographie, l'art
cinématographique s'exprime
dans.:"écrire
avec la lumière,
mouvement".
Cette
esthétique, je l'ai concrétisée aussi
bien dans mes films
que
dans le
graphisme publicitaire.
Que ce soit avec des outils traditionnels
comme.;
le crayon, l'aérographe, la caméra, ou bien
avec des moyens plus récents comme
le
multimédia, la
vidéo,
et maintenant la HD. Je n'ai jamais considéré
"l'art" comme un artifice gratuit mais comme un moyen
puissant mis à la disposition d'un acte de
communication.
La curiosité et la créativité, c'est
aussi savourer des textes qui ont un message philosophique
universel de tous les instants. Pour cette raison je vous
propose de méditer sur cette merveilleuse Lettre
à Lucilius, écrite par Séneque au
premier siècle avant notre ère.
Lettres
à Lucilius
Oui, c'est
cela, mon cher Lucilius, revendique la possession de
toi-même. Ton temps, jusqu'à présent, on
te le prenait, on te le dérobait, il
t'échappait. Récupère-le et prends-en
soin. La vérité crois-moi, la voici : notre
temps, on nous en arrache une partie, on nous en
détourne une autre et le reste nous coule entre les
doigts. Pourtant, il est encore plus blâmable de le
perdre par négligence. Et, a bien y regarder,
l'essentiel de la vie s'écoule à mal faire,
une bonne partie à ne rien faire, toute la vie
à faire autre chose que ce qu'il faudrait faire.
Tu peux me citer un homme qui accorde du prix au temps, qui
reconnaisse la valeur d'une journée, qui comprenne
qu'il meurt chaque jour? Car notre erreur, c'est de voir la
mort devant nous. Pour l'essentiel, elle est
déjà passée. La partie de notre vie qui
est derrière nous appartient à la mort.
Fais donc, mon cher Lucilius, ce que tu me dis dans ta
lettre : saisis-toi de chaque heure. Ainsi tu seras moins
dépendant du lendemain puisque tu te seras
emparé du jour présent. On remet la vie
à plus tard, pendant ce temps, elle s'en va.
Tout se trouve, Lucilius, hors de notre portée. Seul
le temps est à nous. Ce bien fuyant, glissant, c'est
la seule chose don't la nature nous ait rendu possesseur :
le premier venu nous l'enlève. Et la folie des
mortels est sans limite : les plus petits cadeaux, ceux qui
ne valent presque rien et qu'on peut facilement remplacer,
chacun en reconnaît la dette, alors que personne ne
s'estime en rien redevable du temps qu'on lui accorde,
c'est-à-dire de la seule chose qu'il ne peut pas nous
rendre, fût-il le plus reconnaissant des hommes.
Sénèque, Lettres à Lucilius, 30 XI
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